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Et si le Kadhafi était le détonateur de la prochaine crise?

Une analyse de Philippe Béchade.

▪Le colonel Kadhafi aurait choisi l’option « bain de sang » dans un discours fleuve diffusé sur la chaîne publique totalement dévouée à son régime. Il a juré mardi de combattre jusqu’à la dernière balle le mouvement de contestation contre son régime ; il a exhorté ses partisans à mater la révolte, à reprendre maison par maison les villes tombées aux mains des « insurgés et des mercenaires » et de mourir en « martyr ».
Nous ignorons pour l’heure si ce discours est le dernier avant qu’il prenne la fuite — c’est en tout cas ce qu’espèrent la plupart des chancelleries dans le monde arabe et en Occident. Il pourrait aussi entraîner son pays dans le chaos puisqu’il vient tout simplement d’appeler à la guerre civile.
Ce qui est certain, c’est que Wall Street a réagi de façon cohérente en amplifiant sensiblement ses pertes. En effet, il apparaît évident que la Libye ne connaîtra pas une révolution pacifique (côté manifestants s’entend) baptisée d’un nom de fleur.
La Libye est une mosaïque de tribus qui peuvent chacune tenter de s’imposer dans une lutte pour la conquête du pouvoir après 40 ans de répression. Une transition démocratique assurée par une armée se mettant au service du peuple jusqu’aux prochaines élections est une vue de l’esprit ; elle ne correspond à aucune réalité.
Des factions militaires rivales sont apparemment prêtes à en découdre. Leur but pourrait être de s’assurer le contrôle des installations pétrolières et des gazoducs, c’est-à-dire de la colonne vertébrale économique du pays.
La hausse du cours du baril de brut s’était un peu ralentie en milieu d’après-midi mardi, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Cependant, elle a repris de plus belle après l’intervention télévisée de Kadhafi : le WTI grimpait de 6%, à 95 $ sur le NYMEX vers 20h00, et vers 106 $ sur le Brent coté à Londres.
Les Etats-Unis ont demandé à l’OPEP d’accroître sa production — l’organisation dispose pour cela de bonnes marges de manoeuvre. Toutefois, cela pourrait ne calmer que temporairement la nervosité des opérateurs.
Si la déstabilisation d’un second grand pays producteur de la région survenait, cela provoquerait une véritable flambée de l’or noir comparable à la première crise du Golfe en 1990. La croissance économique mondiale en serait durement affectée, de l’avis de tous les experts qui écrivent sur le sujet.
Est-il besoin de rappeler que le devenir de l’Egypte et du Yémen — deux pays frontaliers et partenaires économiques de l’Arabie Saoudite — reste particulièrement incertain ?