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Sarkozy sur le tard veut libérer les PME…

De nouveau l’on reparle des PME et de la prétendue nécessité de les encourager ; selon l’usage bien installé de la « République Fromagère », tous ces encouragements vont enfoncer les PME davantage que si elles n’étaient pas « aidées ».
Le Président de la République s’est adressé devant 2000 dirigeants de PME de croissance réunis au Grand Palais à Paris ; l’expression « PME de croissance » est déjà une erreur en soi car beaucoup d’entreprises envisagent de croître pour se développer et le classement des entreprises en catégories n’a aucun intérêt sinon celui de nourrir les bureaucraties notamment étatiques.
La réunion était organisée par l’établissement financier public, OSEO, que l’on présente comme le bras armé de l’État pour soutenir les entreprises pendant la crise et pour les aider à grandir ; l’existence de cet organisme public est bien le signe d’un volontarisme coupable de l’État.
Le président de la république a fait l’éloge « du capitalisme à la française, du capitalisme familial, du capitalisme réactif, du capitalisme qui se soucie d’innovation et d’emploi ». Que signifie cet éloge du capitalisme venant de quelqu’un qui taxe tant qu’il peut les capitaux petits ou grands ?
Parallèlement, l’UIMM déclare vouloir encourager les PME industrielles de croissance. L’on retrouve la même logomachie qui se reflète dans les organismes patronaux perpétuellement en symbiose avec les pouvoirs socialisants.
N’oublions pas le grand emprunt, arlésienne toujours vivante bien qu’apparemment en sommeil. Le premier ministre vient de se vanter que sur les 35 milliards du grand emprunt 22 milliards sont consacrés à la recherche ; un jury a désigné 100 lauréats du projet « Laboratoires d’excellence » (baptisés Labex) qui se partageront 1 milliard sur dix ans. Le grand emprunt qui n’existe pas dans la réalité mais seulement dans des rêves distribue ainsi de l’argent lui aussi inexistant aux lauréats créateurs de rêves.
Le plus concret est l’existence d’un Commissaire général à l’investissement pour gérer cet emprunt évanescent : Monsieur René Ricol. Le seul résultat pratique de ce grand emprunt est donc aujourd’hui d’avoir créé une riche bureaucratie supplémentaire qui officie pour la gestion des rêves.
LA PIEUVRE ETATIQUE
Les bras armés de l’État sont tellement nombreux que c’est une sorte de pieuvre qui étouffe les entreprises quelles qu’elles soient. Il y a même des cas de figure où l’État peut devenir actionnaire important et donc incontournable des PME, ce qui est une sorte de nationalisation souterraine.
Chacun peut remarquer la vanité du classement des entreprises en catégories. Ces catégorie ne peuvent prendre corps que dans un nuage de réglementations avec des seuils, des conditions, des dossiers à remplir et des efforts pour se situer dans la catégorie souhaitée. Toutes ces manœuvres sont évidemment très loin de ce qu’il faudrait faire pour encourager les PME c’est-à-dire en fait les libérer de l’action étatique.
Les raisons de leurs difficultés viennent, en effet, principalement de l’armature étatique qui prétend les aider. Après le énième changement ministériel et, sauf erreur ou omission, il y a l’inoxydable Christine Lagarde. Puis Eric Besson, ministre à son côté, chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique et Frédéric Lefèbvre, secrétaire d’État auprès d’elle, chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation (ouf). Bien d’autres ministères se penchent vers les PME pour les étouffer comme, par exemple, ceux qui s’intéressent à l’écologie. Le gouvernement, avec tout son train, n’est que le haut de l’iceberg. Ajoutons une foule d’organismes divers et la bureaucratie s’étend dans toutes les régions à la fois dans les administrations et également, il faut bien le dire, dans les organisations patronales. Le résultat le plus clair est un tsunami qui noie tout sous les impôts et réglementations, car ces éminents personnages n’existent que s’ils taxent et règlementent.
Certes les dirigeants de PME avalent goulûment, quand c’est possible, les modestes subventions qu’on leur attribue, mais c’est après des dossiers compliqués et fort coûteux. Très souvent, ils doivent adapter leur management ou leurs pratiques aux exigences de la réglementation ce qui est très exactement le contraire d’un bon management.
Le code du travail les écrase de son kilo et demi et de ses 2 600 pages réparties en plusieurs tomes. Les 35 heures et la retraite à 60 ans les ont brimées d’une façon redoutable.
UN MAUVAIS COUP SE PREPARE
Un mauvais coup spectaculaire est en route. Les chefs syndicalistes poursuivent une large action en vue de s’installer dans les très petites entreprises (TPE). Ils remarquent en effet que le personnel de ces TPE n’a pas de représentants syndicaux et veulent absolument créer des structures pour soi-disant aider le personnel à discuter avec le patron. On verra bientôt des syndicalistes extérieurs à l’entreprise se mêler des relations internes. Ce sera tout à fait destructeur pour l’économie française et n’apportera aucune amélioration dans les relations sociales, puisque justement les TPE et les PME sont celles où les discussions se déroulent très bien entre les employés et les patrons qui se côtoient tous les jours.
Il existe plus de 6 000 aides à l’industrie soit étatiques, soit venant des collectivités, soit de l’Europe : ce maquis assassine littéralement l’industrie et dans la foulée les PME. La suppression totale des aides avec celle de l’impôt sur les sociétés serait la solution. Pour mémoire les subventions à l’industrie représentent 60 milliards d’euros et l’impôt sur sociétés 50 milliards. En plus il existe une quantité de « petits » impôts très meurtriers pour les PME.
Depuis le 6 avril 2010, il y a un médiateur de la sous-traitance. Il est censé encourager les industriels à localiser leurs sous-traitances en France. Voici un signal fort envoyé à tous les investisseurs du monde entier pour leur signifier qu’il ne faut surtout pas investir en France, car ils ne seront pas maîtres du choix de leurs sous-traitants et de la politique à mener avec eux. Bien qu’apparemment censé protéger les PME, il génère des impôts et de l’interventionnisme parfaitement destructeurs.
Un point essentiel rarement mis en lumière est à souligner. Les calamités signalées ci-dessus frappent toutes les entreprises quelles que soient leurs dimensions. Toutefois les très grandes ou les moyennes s’en arrangent, car beaucoup, comme celles du CAC40, font leurs profits à l’étranger. Si ce n’est pas le cas elles ont le personnel et les moyens de gérer des calamités comme les 35 heures.
Les PME ne peuvent pas ou peu s’enfuir ainsi et souffrent plus lourdement de l’usine à gaz administrative. Or ces PME forment l’essentiel du tissu industriel ou des activités de service en France ; elles sont les seules vraies sources d’emploi réel et créatrices de richesse.
Les étouffer c’est précipiter le désastre. Qui pourra leur permettre un jour de respirer ?

Michel de Poncins